Le Bois d’ébène – dossier sur l’esclavage (Barthélémy Styx)

 

 

« Si l’esclavage n’est pas mauvais, rien n’est mauvais. »

Abraham Lincoln

 

Lors de son périple, Barthélémy s’embarque sans le vouloir sur un navire négrier, pratiquant le « commerce triangulaire ». Nantes, comme d’autres ports français, en était alors l’un des points de départ : les navires partaient de France chargés d’armes, de tissu et de verroterie, se rendaient sur les côtes d’Afrique pour y échanger leur cargaison contre des esclaves. Ensuite, ils rejoignaient les Antilles, où le « bois d’ébène », comme on appelait alors les esclaves, était à son tour échangé contre du sucre, du café, du cacao, du coton, du tabac et de l’or. Enfin, le navire revenait à Nantes où il revendait les marchandises.

 

L’esclavage, comment est-ce possible ?

 

Au début du XVIIe siècle, la découverte de ressources inépuisables en Amérique a suscité un nouveau besoin : celui d’une main d’œuvre habituée à un climat chaud et à des conditions de vies difficiles. Les européens se sont donc dirigés vers les côtes africaines pour acquérir cette main d’œuvre.

 

On imagine difficilement aujourd’hui une pratique plus indigne de l’Homme que le commerce d’autres êtres humains.

 

Hélas, à cette époque, la majorité des européens, comme Barthélemy au début de son aventure, ne voyaient aucun problème à l’esclavage. Les noirs, mais aussi les Indiens d’Amérique, étaient considérés comme des sous-hommes qui n’avaient pas réellement d’âmes ni de sentiments. Il faudra attendre de très nombreuses années pour que les mentalités changent et pour que soit votée l’abolition de l’esclavage en 1848 pour la France, et en 1865 pour les États-Unis.

 

Nantes, capitale de la traite négrière

 

Le Port de Nantes n’est entré qu’en 1707 dans le commerce triangulaire, alors que cela faisait plus de 2 siècles que les Européens le pratiquaient. Il se lança dans cette entreprise peu glorieuse avec l’armement du vaisseau l’Hercule par la maison Montaudouin.

Nantes s’imposa alors rapidement comme le pôle dominant de la traite en France et le premier port colonial français, soulevant une onde de croissance sans précédent dans la région.

Du milieu du XVIIe au milieu du XIXe siècle, la France organisa au moins 4220 expéditions négrières, dont plus de 1700 menées par des négriers nantais. On estime ainsi qu’en un peu plus d’un siècle, les navires nantais transportèrent plus de 550 000 captifs noirs vers les colonies.

Ainsi, presque un tiers du commerce maritime nantais correspondait à des armements négriers au XVIIIe siècle, et attirait des marchands de toute l’Europe, venus leur acheter leurs denrées rapportées de leur voyage, et enrichissant encore davantage les acteurs du commerce triangulaire.

 

Les navires et l’équipage

 

Suite au naufrage du Bonaventure, Barthélemy atterrit sur le Juracan, un fier navire de 14 voiles et 200 tonneaux. Ce « tonnage » servait à évaluer la capacité d’un bateau, pour savoir quelle quantité de marchandise il pouvait transporter. 200 tonneaux représentaient un navire déjà important, mais c’était le minimum pour se lancer dans la traite négrière.

 

L’équipage devait également être conséquent. En plus des marins nécessaires au fonctionnement du navire, il fallait du personnel pour surveiller les esclaves, soit en tout une soixantaine de personnes !

Durant son périple à bord de ces deux navires, Barthélemy fait la connaissance de marins cruels et sans scrupules. Pour transporter ce « bois d’ébène », on recrutait souvent des hommes durs qui s’apparentaient davantage à des gardiens de prisons qu’à des matelots, capables de mater ou d’étouffer dans l’œuf toute possible révolte.

 

Le voyage

 

Ainsi paré à toute éventualité et chargé de ses précieuses denrées, le navire quittait le port pour commencer son circuit à plusieurs étapes. Le voyage était souvent très long, et dépassait généralement les douze mois en mer.
Débarqués sur les côtes d’Afrique, les capitaines allaient alors acheter les captifs auprès de marchands ou de partenaires africains. Ils troquaient ces hommes contre des lots de pacotilles qui n’avaient souvent que très peu de valeur à leurs yeux, mais n’hésitaient pas à faire de beaux cadeaux aux chefs locaux pour les amadouer.

 

Les capitaines du navire faisaient alors tout pour que les esclaves survivent au voyage, à peu près en bonne santé. Mais comme on le voit sur le Bonaventure, l’entassement des esclaves dans des cales à peine aménagées n’aidaient pas à les garder en forme, malgré leur petite ‘sortie’ journalière à l’air libre. Souvent, le manque d’hygiène et de confort des cales donnaient lieu à des épidémies qui pouvaient décimer une bonne partie des captifs. Les suicides n’étaient pas rares non plus lorsque, en pleine mer, les hommes désespérés savaient qu’un avenir d’esclavage les attendait.

 

Parfois, les esclaves se révoltaient, mais contre un équipage souvent plus en forme et plus armé qu’eux, ils avaient bien peu de chances d’être sauvés par un bateau comme le Juracan.

Sur les douze millions et demi de captifs déportés entre le XVe et la fin du XIXe, on estime ainsi à plus d’un million et demi les esclaves qui périrent durant le voyage…