Interview d’Emma Daumas par Livresquement

La bloggeuse Livresquement était la grande gagnante du jeu-concours Scrineo.
Elle a donc eu l’opportunité de rencontrer Emma Daumas au salon du livre de Genève. Voici l’interview d’Emma Daumas à propos de Supernova :

  1. Pourquoi avoir eu envie d’écrire un roman ?
    Je n’ai pas eu envie d’écrire un roman (rires). C’est une proposition qui est arrivée au bon moment. Ça a commencé en 2011, quand j’ai voulu reprendre mes bases, c’est-à-dire l’écriture. J’avais eu l’impression de ne pas être allée au bout de mon geste et je voulais approfondir cette démarche d’auteur en ce qui concernait mes chansons. C’est à ce moment-là que je suis allée frapper à la porte de Maxime Le Forestier, qui était accessible puisqu’il suivait ma carrière de loin. On a commencé à travailler ensemble sur le texte et il m’a ouvert le champ des possibles. Ça a été une expérience magique et, de fil en aiguille, je me suis mise à écrire de plus en plus sous des formes différentes, notamment la fable qui m’intéressait beaucoup. Puis j’en ai parlé à mon agent qui m’a présentée à celui qui allait devenir mon éditeur, Jean-Paul Arif. C’est en discutant avec lui qu’il m’a dit que ce que j’avais vécu -ce phénomène de société qu’est le télé-crochet- l’intéressait beaucoup. C’est à ce moment-là que l’idée a pris forme et j’avais envie de tenter ce challenge.
  1. Comment s’est déroulée l’écriture du roman ?

    Il y a eu plusieurs étapes. La première était de savoir si j’étais capable d’écrire une histoire. Il a fallu travailler sur la trame et sur les personnages pour voir si on avait quelque chose qui tenait la route. J’ai travaillé pendant deux mois là-dessus et sur quelques passages. Il m’a fallu des scènes fondatrices, que j’ai présentées à Jean-Paul qui m’a dit que je pouvais me lancer dans l’écriture. Puis, j’ai écrit la première partie qui a beaucoup évolué par la suite. J’avais besoin de me rassurer et d’envoyer des choses à mon éditeur pour avoir son approbation. A un moment, il m’a dit : « Envole-toi, tu n’as pas besoin de moi. ». En tout, j’ai passé 14 mois à écrire, sachant que je travaillais sur mes chansons en parallèle. Deux pôles m’intéressaient : l’un sur l’introspection, ce qui s’était passé pour moi et ma volonté d’en faire quelque chose qui parle aux gens. Et la deuxième démarche était d’aller sur scène pour me nourrir de l’extérieur.

  2. Bella évolue beaucoup dans le livre mais les personnages secondaires sont assez manichéens. Quel est votre personnage secondaire préféré, celui qui vous a le plus intéressé ?
    Les personnages secondaires sont assez stéréotypés, notamment dans le milieu de la musique parce que c’est un monde qui est comme ça. Ce qui m’a intéressé, c’est de travailler sur les façades, avec Mattéo, Goliath… Je pense que ce sont des personnages très fragiles et ils me permettaient de parler des mécanismes qui habitaient Annabelle. Tous les gens qu’elle croise au moment où elle les croise, ce n’est jamais par hasard. Elle a envoyé des signaux qui font qu’elle attire ce genre de personnages. Travailler sur Goliath m’a beaucoup intéressée parce qu’elle est Annabelle en décuplé. Elle est le miroir de la célébrité mondiale et de tout ce que pourrait devenir Annabelle si elle allait au bout de son aventure. Je voulais rester réaliste et j’ai vu que, de nos jours, l’artiste qui a le plus d’impact est David Guetta. Il y a d’ailleurs un jeu entre David et Goliath mais, pour moi, Goliath est encore plus forte que David Guetta. Sa force est d’être encore plus contemporaine, notamment car elle est homosexuelle. Je voulais faire de ce personnage une énorme force.
  3. A quel point ressemblez-vous à Annabelle ?
    Je lui ai prêté ma sensibilité parce que c’était mon vecteur pour que le lecteur s’attache à elle. On comprend qu’elle a besoin de repères et elle a ses phobies. Par contre, sa sensibilité est exacerbée par rapport à la mienne. Elle a un côté révolté, mais qu’elle laisse de côté. Je pense qu’elle est plus carriériste que moi, elle a beaucoup d’ambition. Elle ne vient pas exactement du même milieu que moi, elle a eu des faiblesses et des blessures dans son enfance. Elle a donc plus de revanche à prendre sur la vie, elle a besoin d’être adulée. Elle fera plus de concessions.
  4. Avez-vous joué sur l’ambiguité entre la réalité et la fiction ?

    Ça s’est fait naturellement. Je comprends que les gens se posent la question de ce qui est vrai et de ce qui ne l’est pas. Tout est très réaliste mais tout n’est pas vrai. Les personnages sont fictifs, certaines anecdotes sont réelles mais que je ne les ai pas forcément vécues moi-mêmes. Ce n’était pas ce qui m’intéressait le plus ; ce que je voulais, c’était me détacher du réel pour créer un monde réaliste.

  5. Avez-vous eu votre mot à dire sur le titre et la couverture ?
    Oui, ça a été un travail collectif. Le titre s’est imposé à moi lorsque je suis tombée sur la définition du mot « supernova* », puisque l’on peut faire des corrélations entre le système solaire et le star-système. En lisant cette définition, j’ai eu un coup de coeur et, pour moi, il fallait que ce soit le titre. Pour Jean-Paul, ça a été plus compliqué car ce terme est inconnu et flou. C’était plus risqué pour l’éditeur, mais il a finit par l’assumer. Pour la couverture, on a eu des intuitions qui nous ont mené à ça. Je parlais d’une silhouette, car tout le monde peut s’y identifier et c’est que j’ai voulu créer avec Annabelle. La graphiste Pilar Cortes a eu l’idée que cette silhouette soit un écran de fumée. Avec la lumière derrière, on ne sait pas si c’est le soleil ou un projecteur.
    * Supernova : L’explosion spectaculaire des étoiles qui, vidées de leur substance, s’effondrent sur elles-mêmes. 
  6. La fin me semble ouverte, l’avez-vous voulue ainsi ?
    J’ai une idée claire de la fin mais je trouve ça très bien que certains aient d’autres interprétations. Chacun y verra ce qu’il voudra y voir. J’aime les symboles car j’aime que chacun puisse y projeter ses propres problématiques. Libre à chacun d’imaginer la fin.
  7. Y a-t-il des liens entre le roman et l’album que vous allez sortir ?
    Il n’y a pas de liens directs mais il y a un procédé qui lie les deux projets. Avec le livre, j’ai été obligée de penser visuel. Dans les chansons, j’ai toujours été dans l’émotion et j’avais envie que ce livre et les chansons soient aussi visuels que sensitifs et inversement. Au final, je crois que la cohérence réside dans ce que chacun va ressentir.
  8. Avez-vous envoyé votre livre aux anciens candidats qui ont participé à la Star Academy avec vous ?
    Pas encore, mais ça va être fait. Nous n’avons pas vécu la même expérience : on a fait la même chose, mais on l’a vécue différemment. On a une certaine pudeur à parler de ça, mais je le leur enverrai.
  9. Avez-vous d’autres projets dans l’écriture ?
    Il y a un deuxième roman, une deuxième trame en gestation. Je sais de quoi ça va parler, par quel angle le prendre, mais je ne sais pas quand je vais m’y mettre. Je traîne un peu la patte pour me remettre dans cette discipline de fer qu’est l’écriture. Il faut être très disponible et, comme mes projets musicaux sont aussi importants en ce moment, ce n’est pas très compatible. Mais il faut battre le fer tant qu’il est chaud et je sentirai quand c’est le moment.

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