Découvrez l’interview de Jean-Luc Marcastel et plongez dans le monde de Praërie…

Praerie tome 1 jean-luc marcastel

Peut-on dire que Praërie occupe une place singulière dans votre œuvre ?

Non, je dirais plutôt qu’il est dans la continuité de mon œuvre. J’ai toujours été, depuis mes débuts, un créateur d’univers. Enfant je remplissais des cahiers en imaginant des mondes imaginaires, en récréant des écosystème entiers, en imaginant comment des espèces animales pouvaient vivre et prospérer dans des conditions de vie différentes. J’adorais (et j’adore toujours) me plonger dans des encyclopédies sur les animaux, la nature, le volcanisme, l’astrophysique et sur les insectes bien sûr… J’aime les univers cohérents, qui fonctionnent, qui tiennent la route, auxquels je peux croire. J’ai beaucoup de mal avec de nombreuses œuvres de fantasy, par exemple, où je trouve que l’univers fait « toc », où on a l’impression d’un décors en carton pâte si on gratte un peu. Moi j’ai envie de croire que l’univers du roman que je lis (ou mieux encore que j’écris) continue de vivre quand j’ai refermé le livre. C’est ce que j’ai voulu faire sentir à mes lecteurs avec Praërie.

Pour vous dire jusqu’à quel point ça va, pour une de mes sagas, Thair, dont j’ai écrit deux tomes mais qui n’est pas encore publiée (une histoire adulte, un planète opéra post apocalyptique), j’ai écrit plus de 300 pages sur l’univers et le monde, les sociétés, les animaux, l’histoire…etc.

Je ne vous surprendrais donc pas en vous disant que Dune de Franck Herbert, que j’ai relu tant et tant de fois, est un de mes livres préférés.

Dans Praërie, j’ai voulu bâtir un monde, une société crédible en partant du postulat qu’un groupe humain se soit retrouvé miniaturisé à la taille d’une fourmi rousse. Comment auraient-ils survécu dans un environnement aussi hostile, aussi terrible que cette jungle effroyable, hantée par les plus terrifiants, les plus impitoyables des prédateurs, qui se trouvent à nos pieds? Comment une société humaine aurait-elle évoluée dans ces conditions ? Et puis c’était amusant, fou, d’imaginer tout ce qu’on peut faire à la taille d’une fourmi, alors que la gravité ne s’exerce pas sur nous de la même manière, que le temps n’a pas la même valeur. Qu’on peut se retrouver emprisonné et noyé dans une goutte d’eau, porter des charges énormes par rapport à notre taille, faire des bonds prodigieux… Et se faire dévorer vif par une mygale maçonne, une guêpe, une scolopendre ou un scorpion… et j’en oublie volontairement.

Enfin, l’imaginaire n’a pour moi d’intérêt que s’il permet de parler plus librement de choses importantes : le rapport entre homme et femme, entre les hommes, la tolérance, la fraternité, l’acceptation de l’autre, la liberté des femmes… En décalant les problèmes de notre monde, de notre société, de notre époque, dans une société imaginaire, je peux en parler plus librement, dans le fond et non dans la forme, et ceci à travers une aventure, et non en donnant une leçon. Bref il s’agit aussi d’un roman humaniste.

Et puis il y a les insectes…

Quelle a été votre source d’inspiration pour créer cet univers réduit ? D’où vient votre intérêt pour les insectes ?

Ma source d’inspiration ? Mais le pas de notre porte… puis la rue, la campagne, tout ce qui nous entoure et qui grouille de créatures vivantes plus étonnantes les unes que les autres.

J’ai toujours été fasciné par les insectes. Ils me passionnent et m’émerveillent, m’étonnent ou me terrifient. Ils sont magnifiques, pour certains de vrais bijoux vivants, pour d’autres de vrais horreurs que même le plus débridés des artistes du 7e art serait en mal de concevoir. Leurs mœurs ne cessent de m’étonner ou m’horrifier… Tous les monstres d’Hollywood, tous les extra-terrestres et les aliens du cinéma, les trolls les orcs, les dragons peuvent aller se rhabiller face à eux…

Quand j’étais enfant, j’allais passer des vacances dans le sud de la France, dans les Cévennes, dans un petit village pas très loin d’Anduze (la région où se déroule Praërie) avec mon cousin Luigi, nous étions tous les deux (et nous restons) passionnés par les insectes et les reptiles qui pullulaient littéralement dans la région car la chaleur leur est favorable : Scorpion occitan, mais aussi Mygale Maçonne,  Lycose de Narbonne (une très grosse araignée) Couleuvre de Montpellier (le plus gros serpent d’Europe), Scarabé Rhinocéros et des papillons comme s’il en pleuvait, mille et une espèce, dont certaines très rares et toujours fascinantes. J’avais toujours sur moi un petit livre sur les insectes, que j’ai  usé jusqu’à la corde. Je passais mon temps à les observer, les étudier…

Un jour, je suis tombé sur un vieux livre de SF La Planète oubliée de Murray Leinster racontant une histoire sur des humains survivants sur une planète où les insectes seraient devenus géants… J’ai adoré. Et puis j’avais été marqué par le film L’homme qui rétrécit où le héros, devenu minuscule, combat une araignée qu’il terrasse grâce à une épingle… Un classique qui marche encore.

J’ai découvert plus tard Jean-Henry Fabre et ses souvenirs entomologiques, écrits  de manière si vivante, si merveilleuse, qu’ils se lisaient comme un roman. Monsieur Fabre était un immense chercheur, un esprit acéré mais qui savait transmettre son savoir de manière simple et agréable, un pédagogue.

Les insectes appartiennent à l’une des branches du vivant dont nous nous sommes séparés le plus tôt… Une branche dont le squelette est externe – et non interne – les invertébrés, avec qui nous avons toujours été en compétition… parfois à leur avantage (comme au carbonifère) parfois au notre… Nos plus vieux ennemis, en quelque sorte… Un ennemi fascinant et terrifiant…

Alors avec un tel bestiaire à portée de main, un univers si proche et à la fois si étranger, si plein de possibilités, comment ne pas être tenté d’y faire se dérouler une histoire ?

D’autres ont déjà eu l’idée de miniaturiser des humains et de leur faire vivre des aventures le temps de quelques heures dans notre jardin : Chérie, j’ai rétrécis les gosses  par exemple ou, plus proche de nous Lucas, fourmi malgré lui… Mais il s’agit juste d’un prétexte, là aussi, cela fait un peu « toc ». Dans aucune de ces histoires on n’a recréé une société humaine cohérente, on ne s’est amusé à imaginer la vie de tout un peuple à cette échelle… C’est ce que j’ai voulu faire dans Praërie, faire d’un simple champ un univers entier pour ceux qui y habitent, un petit monde pour une grande aventure… Une aventure avant tout humaine.

 

Comment présenteriez-vous les héros de cette intrigue aux lecteurs ?

Les héros de cette histoire sont au nombre de quatre :

Vincent tout d’abord, un jeune militaire appartenant à une agence gouvernementale qu’on va envoyer en mission dans Praërie. Grace à un protocole de compression moléculaire, on va le miniaturiser, ainsi que son pilote et son hélicoptère pour retrouver le second protocole, celui qui permet de ré-agrandir ce qu’on a miniaturisé et qui se trouve précisément dans ce champ,  dans le laboratoire Janken où a eu lieu, vingt ans plus tôt, l’incident qui a fait disparaître le labo et le village voisin… Le village d’enfance de Vincent. Notre héros a perdu son père, qui travaillait dans le laboratoire en question, quand il avait 6 ans. Il a été élevé par son oncle, haut responsable de l’Agence. À 19 ans, il se destinait à des études d’histoire mais la mort de Manon, son amie d’enfance et la femme qu’il aimait, lors d’un attentat à Paris, a fait basculer sa vie. Il est entré au service de l’agence, et, depuis six ans, enchaîne les missions les plus périlleuses et les plus secrètes dans le monde pour lutter contre « les forces du mal ». Au début, c’est un jeune homme blessé et désabusé, qui ne s’est toujours pas remis de la perte de celle qu’il aimait, et fuit son souvenir dans la vengeance…Mais peut être en Praërie va-t-il trouver une nouvelle raison de vivre et d’espérer?

Lo’Hiss est un sink, un membre du peuple miniature qui habite Praërie, les descendants des habitants du village qui a été miniaturisé vingt ans plus tôt. Dix générations se sont succédées depuis, les sinks ne vivants que deux ans. Au début de l’histoire, on le rencontre alors qu’il passe l’épreuve de Prichass, sa première chasse, pour entrer dans la caste des traqueviandes, les chasseurs, une des castes la plus respectée de la société sink. Il doit y affronter, seul, un insecte, le vaincre et en faire son totem. Il va, bien sûr, attirer un des plus redoutable prédateurs de Praërie, et un des totems les plus convoités : le Brillepinces (carabe doré). Lo’Hiss est un jeune chasseur fougueux mais d’une grande intelligence. Au contact de Vincent, il va petit à petit remettre en doute la loi de et le dogme des langdieux (les prêtres qui dirigent les sinks) qui maintiennent les femmes en esclavage et interdisent les liens familiaux… Il va faire la rencontre d’une chasseresse d’un autre peuple, les fillvolmort, dominé par les femmes, et en tomber amoureux… cette histoire est aussi sont parcours vers l’humanité.

Braise est une fillvolmort, un peuple de femmes, qui, faisant sécession pour fuir les lois et l’esclavage imposés aux femmes par les langdieux, sont allées dans l’excès inverse et ont fondé une société matriarcale basée sur celle des guêpes. Braise est une chasseresse de ce peuple qui, avec quelques l’une de ses sœurs, ont été capturées par les sinks. Promise à une mort atroce, elle est sauvée par Vincent et Lo’Hiss qui lui demandent, en échange, de les guider pour traverser le territoire des siennes. Élevée dans la haine des sinks, dangereuse, elle leur sera tout d’abords hostile, mais, touchée par la profondeur des sentiments de Lo’Hiss, son courage, son honnêteté, elle fera, elle aussi, son chemin vers l’humanité, et de sous la carapace de la volmort, la femme surgira…

Séfan est le jeune frère adoptif de Lo’Hiss que son père Pyr Vrombemort, le plus grand chasseur du peuple sink (le mentor et maître de Lo’Hiss) est parvenu, sans que les langdieux le sache, à garder avec lui alors que les liens familiaux sont normalement prohibés par la loi. C’est un jeune homme courageux, mais porteur d’un lourd secret qui, au début effacé, va peu à peu s’affirmer et se réaliser tout au long de l’histoire et vous réserver quelques surprises…

 

Praërie est un de mes grands projets, un livre et un univers hors normes, hors genre, pour lequel j’ai mis longtemps à trouver le bon éditeur. Je suis heureux qu’il ait enfin trouvé sa maison aux éditions Scrineo. En ce qui me concerne, j’aime tellement cette histoire, que, comme vous pouvez le voir, je n’ai pas résisté au plaisir de reprendre mes crayons et ma palette graphique pour l’illustrer et visiter Praërie et même plus loin encore, de créer des objets venus de Praërie (épée taillée dans une corne de lucane, casque façonné à partir de la carapace d’un carabe doré (le totem de Lo’Hiss) comme vous pouvez le voir sur ces photos.

Peut être, un jour, ferai-un un carnet de voyage en Praërie ?

Cet univers n’a pas fini de me fasciner et de m’inspirer…

 

épé-herbe

Une épée taillée dans une corne de Lucane

casque

Un casque façonné à partir de la carapace d’un carabe doré