Entretien de Jean-Paul Arif sur le premier roman d’Emma Daumas « Supernova »

Jean-Paul Arif, fondateur des éditions Scrineo et éditeur revient dans cet article sur la démarche d’auteur d’Emma Daumas. Il retranscrit la démarche d’écriture de cette chanteuse, compositeur et maintenant auteur qui a abouti à son premier roman, Supernova.

 

“Quand j’ai rencontré Emma Daumas, j’ai vu une jeune femme en pleine évolution artistique. D’abord chanteuse interprète, elle avait décidé depuis plusieurs années de passer à l’écriture.  Des chansons d’abord, mais aussi des fables, des contes pour enfants…

Et pourquoi pas un livre ? ai-je demandé. Un vrai défi ! Passer de la forme courte de la chanson au roman, c’est une autre approche ! Comme éditeur, j’aime faire des ponts entre les disciplines ; je crois aux auteurs « complets », capables d’exercer leur art dans différents genres… De nombreux auteurs venant du cinéma, du théâtre, de la BD ou de la télévision ont écrit leur premier roman chez Scrineo.

Cette idée rencontra une intuition qu’Emma avait depuis longtemps et qui lui permettrait de mettre définitivement un point final à la lente digestion du bouleversement que fut son début de carrière. Parce qu’Emma a démarré à la Star Academy, une première expérience qui colle à la peau !

Il lui fallait mettre par écrit cette explosion de sentiments contraires qui a marqué sa fin d’adolescence. Il le fallait pour elle, il le fallait pour les autres, pour ces générations d’enfants, d’ados, d’adultes qui rêvent devant leur télévision d’une vie de star !

Et c’est ainsi qu’est née une vraie romancière !

Car c’est bien d’un roman qu’il s’agit. Ne cherchez pas de correspondances entre ce récit et la vie d’Emma, tout est faux… ou presque! Sa famille ne correspond pas à celle de Bella/Annabelle, le personnage du roman, ni les faits tels qu’ils sont relatés. Toute ressemblance avec des personnes existant ou ayant existé serait donc « pure coïncidence », pourrait-on écrire ! Tout est faux, sauf les ressentis, les mécanismes, l’important en somme !

Comme l’explique Emma : « Nous cherchons tous à nous projeter dans une image idéale. Les adolescents, bien-sûr, qui ont un fort besoin de reconnaissance et d’amour. Les adultes aussi, qui mettent leur masque professionnel lorsqu’ils arrivent au bureau. De nos jours, l’image idéale est celle de la Star, plastique, esthétique, surmédiatisée par la télévision. Nous sommes comme des papillons de nuit attirés par la lumière croyant y voir un paradis, mais qui se brûlent en s’approchant de l’halogène. Les émissions comme « la Star Ac » fabriquent notre avatar idéal qui devient quelque temps l’enjeu de notre bonheur, et dont le modèle est imposé indépendamment de la personnalité de chacun. »

Emma, comme Annabelle dans le roman, était très jeune, une bachelière de 18 ans à peine, et avait grandi jusque-là dans un cocon familial privilégié. « En quelques jours, j’ai dû façonner un masque pour me protéger et coller à l’image  qu’on attendait de moi, apprendre à gérer des situations et des émotions qui me dépassaient complètement. »

Ces émotions, ces situations sont l’objet du roman. Les points de vue tournent autour de Bella, l’avatar… On la découvre à travers les yeux d’Anabelle, mais aussi de sa mère, de sa sœur, de son premier amour qui souffre de cette transformation irréversible…

Emma revient sur cette dualité « Notre avatar nous avale, nous disparaissons derrière lui, jusqu’à ce que le système se détourne de lui… Place aux nouveaux candidats ! La vraie Star du système est le système lui-même qui broie tout sur son passage, nous, notre avatar, les amours, les amis, … Et le public, … On découvre alors que tout cet amour que l’on croyait pour soi n’était en fait destiné qu’à notre double ».

Dans le roman, elle exprime un point de vue personnel, un peu acerbe. Le texte est violent, mais il correspond à la violence qu’elle a ressentie. Tous les candidats n’ont pas eu la même expérience…

« Je ne regrette rien, ajoute-t-elle. Je l’ai vécu comme un apprentissage. Il faut faire ses expériences, même traumatisantes ! Je sais ce que je dois à l’émission, grâce à elle, j’ai dû me confronter à une violence à laquelle je n’avais pas accès dans ma vie très protégée, cela m’a aidé à développer des ressources insoupçonnées, à me transcender. »

Mais elle a mis du temps à se reconstruire… C’est qu’elle a vécu une véritable explosion ! D’où le titre de son livre : Supernova, dont la définition est : explosion spectaculaire d’une étoile massive qui, vidée de sa substance, s’effondre sur elle-même

« Chaque mot !… Chaque mot de cette définition correspond à mon histoire et à celle de Bella dans le roman, c’est ce que nous avons en commun. »

 

En parallèle de ce premier roman, Emma était en studio et sortira un EP au mois de mai.”